Que faire avec l’argent économisé en éliminant les petites dépenses

Vous avez épluché vos relevés bancaires, annulé les abonnements inutilisés et réduit ces petites dépenses quotidiennes qui s’accumulaient sans que vous vous en rendiez compte. Le résultat : 40, 80 ou 150 euros par mois qui disparaissaient auparavant et qui sont désormais disponibles. Le problème, c’est que cet argent, s’il n’a pas de destination claire, tend à se dissoudre dans le même type de consommation dont vous venez de sortir. Cet article explique quoi faire de l’argent économisé en éliminant les dépenses fantômes pour que cet effort se traduise en quelque chose de concret.

Pourquoi la destination de l’épargne compte autant que le fait de l’avoir obtenue

Éliminer les dépenses fantômes est un exercice d’attention : repérer les petites fuites et les couper. Mais cet argent libéré n’a pas d’étiquette indiquant « épargne ». Il reste sur le compte courant, mélangé au reste, disponible pour toute nouvelle dépense. Sans une réaffectation délibérée de l’argent, il est fréquent que cette marge se remplisse avec une consommation équivalente : un nouvel abonnement, des achats un peu plus fréquents, une envie qui n’entrait pas auparavant dans le budget. L’épargne ne se consolide que lorsqu’on lui donne une destination concrète avant qu’elle ne se dissolve dans les dépenses courantes.

Première étape : chiffrer l’argent réellement libéré

Avant de décider quoi faire de l’argent économisé en éliminant des dépenses, il convient d’avoir un chiffre précis et non une impression vague. Si vous dépensiez auparavant 25 euros par mois en applications inutilisées, 30 en cafés de machine et 20 en achats impulsifs en ligne, le total libéré est de 75 euros mensuels, pas « un peu plus d’argent chaque mois ». Ce chiffre exact est celui qui va être déplacé, il mérite donc d’être calculé avec la même rigueur que celle utilisée pour calculer combien totalisent vos dépenses fantômes par an. Sans ce chiffre, tout plan de réaffectation reste en suspens.

Automatiser le virement avant que l’argent ne se mélange

La façon la plus simple de protéger l’argent libéré est de le sortir physiquement du compte où il est dépensé. Un virement automatique programmé le même jour que le versement du salaire, pour le montant exact qui n’est plus dépensé, déplace cet argent vers un compte séparé avant qu’il n’ait l’occasion de se confondre avec le reste du solde. Ce mécanisme ne dépend pas de la volonté mois après mois : il fonctionne parce que l’argent disparaît de la vue avant qu’on puisse décider de le dépenser autrement.

Destination 1 : constituer ou renforcer un fonds d’urgence

Si un coussin couvrant entre trois et six mois de dépenses de base n’existe pas encore, c’est la destination la plus sensée pour l’argent libéré. Un fonds d’urgence ne génère pas de rendement spectaculaire, mais il élimine la nécessité de recourir à la dette lorsqu’un imprévu survient : une réparation, une dépense médicale, une période sans revenus. Avec 75 euros mensuels, atteindre 3 000 euros de coussin prend environ 40 mois ; avec 150 euros, la moitié du temps. La réaffectation de l’épargne issue des dépenses fantômes vers ce fonds revient, en pratique, à acheter de la tranquillité face à la dette à court terme.

Destination 2 : accélérer le remboursement d’une dette existante

Si une dette avec intérêts existe déjà (une carte de crédit, un prêt personnel), diriger l’argent libéré vers un remboursement anticipé a généralement un effet mathématique plus clair que toute autre option. Chaque euro qui réduit le capital restant cesse de générer des intérêts sur cet euro pour tous les mois suivants. Une dette à 15% annuel « rentabilise » chaque paiement supplémentaire à ce même taux, ce qu’aucune destination à faible risque n’égale. Avant de penser à l’épargne à long terme, il est logique de vérifier s’il existe une dette coûteuse à rembourser en priorité.

Destination 3 : fixer un objectif d’épargne avec délai et montant précis

Lorsque le coussin d’urgence existe déjà et qu’il n’y a pas de dette coûteuse en attente, l’argent libéré peut être orienté vers un objectif nommé et daté : un changement de logement, un voyage, un changement de véhicule. Fixer un chiffre et un délai transforme l’épargne diffuse en projet mesurable. Pour calculer combien épargner par mois selon l’objectif et le délai souhaité, il est utile de s’appuyer sur la calculatrice d’objectif d’épargne, qui permet de voir combien de temps il faudra pour atteindre un montant précis avec la somme mensuelle disponible, ou inversement, quel montant mensuel est nécessaire pour y arriver dans un délai déterminé.

Destination 4 : laisser les intérêts composés travailler à long terme

L’argent libéré par les dépenses fantômes est généralement modeste en termes mensuels, mais soutenu dans le temps, son effet change d’échelle. 100 euros mensuels pendant 20 ans représentent 24 000 euros versés ; avec une capitalisation de 5% annuel, le solde final croît considérablement au-delà de ce montant versé, simplement parce que chaque rendement généré s’ajoute au capital qui continue à générer davantage de rendement. Pour visualiser cet effet avec vos propres chiffres, cette calculatrice d’intérêts composés permet de comparer différents délais et versements sans avoir à faire les calculs à la main.

Répartir l’argent libéré sur plusieurs destinations à la fois

Il n’est pas nécessaire de choisir une seule destination. Une façon courante de réaffecter l’épargne issue des dépenses fantômes est de diviser le montant libéré en pourcentages fixes :

  • Une partie au fonds d’urgence jusqu’à ce qu’il soit complété
  • Une partie au remboursement de dette si elle existe
  • Une partie à un objectif concret avec un délai défini
  • Une petite partie à des dépenses flexibles, pour que la nouvelle discipline ne soit pas vécue comme une privation totale

Cette répartition réduit le sentiment de sacrifice et rend le changement d’habitude plus durable dans le temps, ce qui aide aussi à réduire les dépenses fantômes sans avoir l’impression de tout sacrifier.

Éviter l’erreur la plus courante : le laisser « flotter » sur le compte courant

L’erreur la plus fréquente n’est pas de mal choisir la destination, mais de n’en choisir aucune. Lorsque l’argent libéré reste sur le même compte que celui utilisé pour les dépenses quotidiennes, il finit absorbé par des dépenses qui augmentent légèrement sans que personne ne s’en aperçoive : un repas un peu plus cher, une commande à domicile en plus, un achat qu’on aurait auparavant réfléchi deux fois. Après quelques mois, le solde revient là où il était avant d’éliminer les dépenses fantômes, mais sous un autre nom de dépense.

Revoir la destination à chaque fois que de nouvelles dépenses fantômes sont détectées

Le processus de détection des dépenses fantômes ne se termine pas une fois pour toutes. Si un suivi des dépenses est réalisé périodiquement pendant une semaine complète, il est probable que de nouvelles petites fuites apparaissent avec le temps. Chaque fois qu’une nouvelle fuite est identifiée et éliminée, le montant supplémentaire libéré peut être ajouté à la même destination déjà choisie, renforçant le fonds d’urgence, accélérant le remboursement de la dette ou réduisant le délai de l’objectif d’épargne fixé.

Questions fréquentes

Que faire de l’argent économisé en éliminant les dépenses fantômes si c’est un petit montant ?

Même 20 ou 30 euros mensuels ont du sens s’ils sont automatisés vers une destination fixe dès le premier mois. Le petit montant n’est pas une raison pour le laisser sans affectation : maintenu plusieurs années, ce même montant peut accumuler une somme importante, surtout combiné à une capitalisation à long terme.

Vaut-il mieux épargner l’argent libéré ou l’utiliser pour rembourser une dette ?

Cela dépend du coût de cette dette. Si elle a un intérêt élevé, la rembourser a généralement un effet mathématique plus important que de laisser l’argent dans une épargne à faible rendement, car chaque euro remboursé cesse de générer des intérêts sur ce capital les mois suivants.

Comment éviter que l’argent libéré ne se mélange avec le reste du salaire ?

La façon la plus pratique est de programmer un virement automatique, pour le montant exact libéré, vers un compte séparé le même jour que la réception du revenu. Ainsi l’argent disparaît de la vue avant d’avoir l’occasion d’être dépensé autrement.

Combien de temps faut-il pour remarquer l’effet de la réaffectation de cet argent ?

Avec un fonds d’urgence ou un objectif d’épargne précis, l’effet se perçoit en quelques mois, en voyant le solde croître mois après mois. Avec des destinations à long terme appuyées sur la capitalisation, l’effet notable prend généralement des années, bien que la croissance s’accélère avec le temps.

Faut-il choisir une seule destination pour l’argent économisé ?

Non. Il est courant de répartir le montant libéré entre plusieurs destinations à la fois, comme un fonds d’urgence, le remboursement de dette et un objectif concret, à condition que chaque part ait un pourcentage fixe et automatisé.

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